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Laura Sorya Bou
Design d’intérieur et Arts visuels
Montréal, QC.
01.

Réhabiter son corps

Centre d’hébergement pour femmes migrantes atteintes du VIH
Atelier 4
Troisième année de BAC, session d’hiver 2026

Enseignant.e                                               Olivier Vallerand
Tuteur.e                                                         Olivia  Daigneault-Deschênes


Au début du XXe siècle, Montréal met en place des bains publics afin de répondre à des conditions sanitaires critiques, érigeant le bien-être en enjeu central de santé publique et de cohésion sociale. Aujourd’hui, malgré l'évolution du contexte, les crises persistent : accès limité aux soins, précarité, itinérance et creusement des inégalités. Le soin demeure largement inscrit dans une logique curative, au détriment d’une approche préventive et sensible, particulièrement dans un contexte de climat hivernal exigeant, où le froid soumet les corps à une fragilité constante et accentue les formes d’isolement. Le projet s’inscrit dans cet héritage en partant des personnes les plus vulnérables.
Implanté à Milton-Parc, il répond à un déficit d’infrastructures de soin accessibles, révélant un enjeu de justice spatiale et  sanitaire. Il propose de raviver les bains publics en les adaptant aux réalités contemporaines, en plaçant l'expérience thermale au cœur du soin collectif. Ainsi, le centre accueille des femmes immigrantes vivant avec le VIH pour un séjour transitoire de trois à douze mois. Confrontées au double poids de l’exil et de la maladie, il offre un cadre sécurisant, propice à la réappropriation du corps et à une reconstruction durable. Il vise à permettre aux femmes de retrouver leur corps comme un lieu d’ancrage et de sécurité. Le projet propose un espace thérapeutique communautaire, où le soin, envisagé comme lieu d’échange, relève d’un droit plutôt que d’un privilège.

Baignade dans la chute froide centrale, située entre le bain collectif, les bains privatifs et le sauna, structurant le parcours thermique. Foyer et chute, tous deux en brique, en continuité avec la façade existante. Accessible au quartier selon des plages horaires.
Parcours entre le bain collectif et les bains individuels, ponctué de hamacs sous plafond infrarouge baigné de lumière naturelle.
Cuisine centrale pensée comme un lieu de rencontres autour des gestes du quotidien. Le liège, utilisé comme matériau acoustique, sert également de support d'expression pour les mots. Les peintures, réalisées par les femmes de Sydalis, participent à l’appropriation du lieu.
Aire de repas détendue favorisant la mixité sociale et l’intégration de diverses cultures du repas. Espace d’échanges autour de la nourriture et de confidences.
Le salon central dédié aux rencontres informelles, où une courte-pointe murale incarne un symbole de résistance et de lutte contre le VIH.
Coin de lecture baigné par la lumière des puits existants.
1 entrée
2 bureau intervenant.e
3 casier
4 salle d’attente
5 entrée du public
(avec plage horaire)
6 vestiaire
7 bains
8 sauna
8 sauna
9 cuisine et sam
10 bureau intervant.e
11 comptoir medical
12 chambre 22m²
13 rangement
14 salon15 chambre 22m²
16-17 chambre 17 m²
18 sbd
19 chambre 22m² 
20 friperie et buanderie
21 chambre 22m²
22 salle multifonctionelle
23 - 24 chambre 17 m²
25 chambre 22m²
26 coin de lecture
27 salle de bain
28 chambre 22m² 
Axonométrie  d'une chambre (22m²)
Matérialité intégrant des qualités acoustiques et sanitaires, où chaleur et couleur participent à une atmosphère juste et équilibrée.
Façade du Bain Mathieu


MONTRÉAL ET LES BAINS PUBLICS
Au début du XXe siècle, Montréal comptait plusieurs bains publics dont le Bain Saint-Michel, le Bain Mathieu et le Bain Généreux. Ces lieux sont nés en réponse à des conditions sanitaires précaires et à un taux de mortalité élevé dans les quartiers ouvriers. L’accès à l’hygiène était alors reconnu comme une mesure essentielle de santé publique. Les bains publics constituaient ainsi des infrastructures sociales et communautaires.

AUJOURD’HUI, LE CONTEXTE A CHANGÉ, MAIS LA CRISE DEMEURE
En 2026, la santé de la population au Québec est fragilisée par l’inaccessibilité du soin en santé, la pénurie de personnel médical, la crise du logement et de l’itinérance et la hausse du coût de la vie. À cela s’ajoute une augmentation de l’immigration, qui transforme le tissu social et soulève de nouveaux enjeux d’intégration, d’inclusion et d’équité.
MILTON-PARC
Implanté à Milton-Parc, le projet s’inscrit dans un quartier où la vie communautaire est dense et active, mais où certaines inégalités demeurent marquées. Malgré la présence d’un tissu social engagé, l’accès à l’eau, comme ressource libre, accessible et non marchande, y est limité. Cette absence révèle un enjeu de justice spatiale : la distribution des infrastructures de soin reste inégale, souvent éloignée des milieux qui en ont le plus besoin. Le quartier est également traversé par des réalités d’itinérance, qui rendent encore plus urgente la présence de lieux d’accueil, de chaleur et de repos.
Repenser le soin comme un droit fondamental, et non comme un privilège, constitue le point de départ du projet. Il s’inscrit dans une vision explicitement politique et dans une forme de plaidoyer par le soin, visant à repositionner le soin holistique, et en particulier les bains, comme un enjeu de santé publique et de justice sociale. Aujourd’hui, les infrastructures de bien-être, telles que les spas, centres thermaux et retraites de ressourcement, sont majoritairement associées au luxe, au tourisme et à une clientèle privilégiée. Le repos, la lenteur et le soin du corps tendent ainsi à devenir des privilèges dans une société productiviste. Or, les populations les plus vulnérables sont celles qui portent la charge corporelle et psychique la plus lourde. Dans ce contexte, le projet explore la possibilité d’intégrer un lieu thérapeutique au cœur de la communauté, où le soin échappe à la logique marchande.
À l’échelle mondiale, les pratiques du bain attestent de son importance fondamentale, à la fois thérapeutique et relationnelle. Des bains aux herbes des communautés Dao rouges au Vietnam aux bains géothermiques d’Islande, des onsen japonais aux sources sacrées du Népal, jusqu’aux cures thermales françaises partiellement prises en charge par l’État, ces traditions traduisent une reconnaissance ancienne du soin du corps comme nécessité commune. Souvent accessibles, peu coûteuses et inscrites dans la vie quotidienne, elles contribuent directement au bien-être et à la santé des communautés.
Les bienfaits de ces pratiques sont aujourd’hui largement documentés. Elles contribuent à la diminution du cortisol et donc du stress, à l’amélioration du sommeil, au soulagement des douleurs chroniques et inflammatoires, à la stimulation de la circulation sanguine, à l’amélioration de l’humeur, à la réduction des symptômes anxio-dépressifs et à la régulation du système nerveux par l’immersion et la chaleur. Le bain peut ainsi être envisagé non seulement comme une expérience sensible, mais comme une véritable infrastructure de soin.
« Comment faire pour que les choses impossibles, improbables, surtout les meilleures, adviennent ? Il faut se risquer à les imaginer. Particulièrement si elles sont impossibles. »
— Alice Carabédian, citée dans Décoloniser l’architecture de Mathias Rollot.